Meeting de Constantine

Jeudi, 22 septembre 2005

SYNTHÈSE DU DISCOURS

Le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a affirmé à Constantine que dans "l'intérêt de l'Algérie" l'arabe demeurera la seule langue officielle, soulignant que l'État continuera à promouvoir tamazight, en tant que langue nationale reconnue par la Constitution.

"Il n'y a aucun pays au monde possédant deux langues officielles et il ne sera jamais le cas en Algérie où la seule langue officielle est l'arabe", a déclaré le Président. Ceci, a-t-il poursuivi, "ne nous dispense pas d'apprendre la langue amazighe dans ses différents dialectes : kabyle, chaoui, mozabite, terguie et autres". "Je ne peux admettre des choses qui vont à l'encontre des intérêts de l'Algérie. Je dois mettre les points sur les i", a-t-il souligné.

Le Président de la République a précisé, dans ce contexte, que c'est à Constantine, ville des moudjahidine et des héros, des savants et des lettrés, qu'est né Abdelhamid Ibn Badis, une personnalité unique, le premier ayant relevé que l'Algérie est amazighe arabisée par l'islam".

Constantine, a-t-il encore ajouté, est aussi "l'une des reines des villes de l'Algérie et l'une des rares qui a su garder son identité arabo-islamique".

Au sujet du projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale, le Président de la République a noté que son déplacement à Constantine visait essentiellement à expliquer le texte "pour que vous alliez voter le 29 septembre en connaissance de cause".

Le projet de charte, a-t-il dit, a été élaboré grâce aux efforts de "gens convaincus de l'unité du peuple algérien et oeuvrant pour la sauvegarde de la patrie".

Investi de la "lourde responsabilité dont vous m'avez chargée", a encore déclaré le Chef de l'Etat, "je dois rendre hommage à l'Armée nationale populaire (ANP), aux forces de sécurité et aux citoyens jaloux de leur patrie qui ont sauvé la République algérienne démocratique et populaire".

Le Président Bouteflika a, en outre, souligné qu'il "n'y a pas d'alternative à la République" et qu'"il n'y aura pas d'Etat islamique ni laïque" en Algérie.

A l'adresse des citoyens, il a assuré qu'il ne voulait pas "imposer une solution" pour une sortie de crise. "Si vous êtes convaincus, votez +oui+ et si vos cœurs sont encore pleins de haine et de ressentiments et que vous n'êtes pas de ceux qui pardonnent, votez +non+", a-t-il martelé. "Vous êtes libres. C'est la démocratie", a insisté le Président Bouteflika.

Il a en outre souhaité "mille fois" la bienvenue à ceux qui veulent entrer dans les rangs de la République, faisant remarquer qu'il appartient au "peuple algérien de pardonner".

A l'adresse "des frères qui se sont égarés, à l'intérieur et à l'étranger", le Chef de l'État a souligné que "l'Algérie est une mère tendre et affectueuse".

Il a, par ailleurs, salué la femme algérienne qui a été "au premier rang" durant les moments difficiles.

Le Président de la République a, d'autre part, dénoncé "les voix qui continuent à travailler pour les intérêts étrangers". "Ces voix, que j'assimile à des croassements  de grenouilles, ont la nostalgie d'une Algérie divisée et dépendante" envers  l'étranger, a souligné le Chef de l'Etat.

"Notre problème est purement national, il n'y aura pas de solution qui viendra de l'étranger", a-t-il ajouté.

Ceci, a-t-il expliqué, "ne veut pas dire que nous voulons vivre en autarcie dans un monde en plein processus de mondialisation. Nous voulons une place forte  dans le concert des nations, qui soit reconnue et respectée".

Appelant les jeunes à étudier l'histoire de l'Algérie pour s'imprégner de sa "gloire", le Président Bouteflika a indiqué que leur devoir était de rétablir la paix.

"Notre génération a eu la chance de participer à la libération du pays. Votre chance aujourd'hui est de rassembler les Algériens et les Algériennes que le temps a divisés", a souligné le Président Bouteflika.

 "Je me dois de vous rappeler, a dit le Président de la République, que vous appartenez à une nation qui a vaincu la puissance romaine sur son sol. Durant l'histoire, vous avez obtenu un deuxième titre d'honneur en contribuant de la manière la plus substantielle à l'édification de l'empire ottoman, en le dotant de la plus forte flotte dans la Méditerranée".

 Le colonisateur français "après avoir envahi l'Algérie a trouvé sur son chemin des révolutionnaires, tels l'émir Abd El-Kader dans l'Ouest et Saleh Bey dans l'Est. Il y a eu d'autres révolutions et le colonialisme français n'a pas connu une seule décennie exempte de révoltes ou de soulèvements, car l'Algérie n'admet pas les colonisateurs", a-t-il souligné.

 "Le colonisateur a tenté d'effacer notre authenticité. Il a essayé de nous faire douter de notre identité, nous poussant, dans certaines parties de notre pays, à nous demander qui sommes nous ? Amazighs ou arabes?", a-t-il poursuivi.

 "Je voudrais que vous fassiez montre de qualités dignes des fils de l'Armée de libération nationale, que rien ne peut diviser et qui portent l'amour de l'Algérie au-dessus de tout", a encore dit le chef de l'État.

 Car, a-t-il expliqué, il est "indispensable que la paix et la sécurité soient rétablies pour que nous puissions nous consacrer à l'édification , au développement et à remettre l'Algérie à la place qui lui sied au sein de la communauté internationale".

 Mais en dépit des difficultés, "personne ne peut nier que durant les cinq dernières années, nous avons atténué la crise du logement, combattu le chômage et les problèmes dans le secteur de l'éducation, réduit les disparités régionales et alimenté en eau et en gaz les coins les plus reculés", a-t-il  soutenu.

 "Je ne dis pas cela par fierté personnelle", car, a-t-il poursuivi, "c'est le fruit de vos efforts, de votre sueur et tout le mérite vous revient. L'honneur serait encore plus insigne si nous portions l'ambition de revenir à ce que nous étions au lendemain de l'indépendance, en 1962".

 Le Président de la République a affirmé que l'Algérie "était la splendeur des nations et la fierté des peuples libres dans le monde. Nous faisions peur à nos ennemis et forcions respect à nos amis (...). Nous étions un peuple envié, car nous avions écrit une épopée historique indélébile, que même les lois fallacieuses édictées par le Parlement français ne sauraient effacer ".

 Aujourd'hui, "il vous est demandé de juger la situation actuelle, avec objectivité et sérénité, dans le cadre d'une logique patriotique", a-t-il déclaré.

 "Qui d'entre nous ne s'est trompé au moins une fois dans sa vie", s'est-il interrogé. "Nous avons des frères, et permettez-moi de les appeler ainsi, des frères qui se sont trompés et sortis du droit chemin", a-t-il ajouté.

 Tout en nous appuyant sur la "force du peuple et de l'Etat, nous avons dans un premier temps, adopté la politique de concorde civile qui a porté ses fruits. Aujourd'hui, nous présentons au peuple algérien souverain le projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale", a-t-il poursuivi.

"Nous voulons nous réconcilier avec nos frères, partager ensemble nos joies et nos peines", a encore dit le Chef de l'Etat.

Il a exprimé sa confiance dans la mansuétude du peuple algérien. "Nous avons eu assez d'amour dans nos cœurs pour pardonner à ceux qui nous ont colonisé durant 132 ans et avec qui nous avons, aujourd'hui, une coopération particulière et sincère". Comment peut il en être autrement s'agissant de nos propres enfants? s'est interrogé le chef de l'État.

"Nous voulons que le peuple algérien soit reconnaissant envers l'ANP et qu'il nous permette de promulguer des lois, qui peuvent être douloureuses mais nécessaires pour le retour à la paix", a-t-il soutenu.